Aujourd'hui, c'était la rentrée pour moi et pour d'autres. Fini les semaines et les jours qui filent entre mes doigts, sans que je ne puisse les retenir. Les semaines retrouveront leurs sept jours et les jours, leurs vingt-quatre longues et pénibles heures. Fini les matinées ensoleillées où je lève les yeux pour juger si il est assez tard pour oser mettre un pied hors du lit. Le réveil, lui, saura écourter ces douces minutes de sommeil, tel un long couteau tranchant, quand l'envie le lui prendra. Fini le petit-déjeuner qui s'éternise, avec deux bols ou plus sur la table. Il n'y aura qu'un bol avec quatre céréales dedans, histoire de. Fini les marques d'herbe sur les genoux. Il y aura les marques du sac trop lourd sur les épaules. Fini les Candy-Up à n'importe quelle heure et les salades composées en guise de quatre-heures. Je boirai un verre d'eau à midi, et goûterai une barre de céréales à dix-huit heures. Fini les rêves qui s'étendent parfois jusqu'à midi. Je pourrai leur faire mes adieux six heures plus tôt. J'ai comme l'impression d'avoir grandi. On m'avait donné des indices pourtant. La carte bleue dans le portefeuille, le fond de teint au fond du sac à main, le vernis rouge pétant sur les ongles, les bisous de Clément, les ballerines, tout ça n'était là que pour me prévenir. Pourtant, je ne l'avais pas vu arriver. J'avais promis à Peter Pan de ne jamais grandir, de ne jamais avoir recours à l'hypocrisie ou à la méchanceté, ni aux histoires de c½ur, et encore moins à la jalousie. J'avais promis de rester cette petite fille naïve et insouciante qui regardait le monde du haut de ses un mètre trente-cinq. Et pourtant. Pourtant, en ce mardi quatre septembre deux mille sept, affublée d'un slim-sac-sur-l'épaule-serre-tête, je faisais mon entrée en Première Littéraire. Il y avait toutes sortes de filles, et une seule sorte de garçons, ceux aux cheveux longs. Il faut dire qu'ils n'étaient que quatre, dont le nouveau, celui qui est arrivé en retard et qui n'avait pas compris qu'il fallait sortir son agenda. Je n'ai retenu aucun prénom, parce qu'à dire vrai, je m'en fous comme de ma première petite culotte rose. Je suis une égocentrique-hypocrite bourrée d'autres défauts, telle en est la raison. Je vois tout à fait la tête de la fille de devant, celle qui riait en me voyant me débattre avec des tonnes de livres à faire rentrer dans ce foutu sac, et aussi celle de cette prof de français qui n'avait ni l'air bien ni l'air mauvaise, juste average. Je vois mon emploi du temps, rempli à bloc, avec trente-quatre heures par semaine. Je vois la table tout au fond à droite en entrant, celle qui est bancale, sur laquelle j'ai posé agenda et trousse misérable. Je vois le tableau noir et vide qui m'annonçait une année de désespoir total. Je vois l'éventail de la fille à droite, celle sur qui je n'émettrai aucun jugement, parce qu'elle m'a tout l'air de se foutre du monde qui l'entoure, comme je me fous du pourcentage d'eau contenu dans mes Spécial K Fruits Rouges. Je vois le paquet de Marlboro Light de Max dans le fond de mon sac, celui que je ne lui ai jamais rendu et que je ne lui rendrai jamais. Et puis je vois le 306. Celui que j'ai raté trois fois. Et que j'ai fini par avoir, avec les cheveux en bataille de Biwi dedans. Heureusement, il y avait Juliette. Juliette et son pull que j'adore. Et puis aussi Emeline. Emeline qui sait parler verlan. Avec Sacha également. Sacha qui veut me piquer mon Babyliss. Et un tas d'autres gens. Beaucoup trop. Sur ce, je m'en vais noyer mes chagrins d'une rentrée déplorable dans du Candy-Up au chocolat, comme celui que la fille brune avait à la sortie du lycée, mais elle avait pas l'air décidée à me l'offrir.