Aujourd'hui, c'était la fête des Papas, et moi j'ai dis au mien que je voulais lui acheter un bouquet mais que j'avais plus de sous, alors que j'avais voulu aller lui cueillir des fleurs de toutes les couleurs chez les voisins mais que les fenêtres du vieux Jean-Mimi étaient ouvertes alors j'avais pas osé, alors que du coup, les fleurs, je m'étais contenté de les lui dessiner, que la verte, c'était pour lui rappeler la couleur de son tapis de tarot, que la rouge, c'était pour lui rappeler celle de ma Maman quand elle est pas contente parce que Doriane a encore laissé la boite de chocolat vide et que si la bleue était bizarre, c'était parce que le feutre m'avait lâché en cours de route. Et mon Papa il était content avec son bouquet de fleurs sur papier, mais il a dit que j'avais pas hérité des talents de Van Gog niveau dessin. J'ai pas trouvé ça très très gentil, alors je lui ai dit que si il était pas content, mon bouquet de fleurs, je le reprenais, et ça tombait bien parce que ma chambre manquait de fleurs. Je les aurais mises sur le petit meuble de la chaîne Hi-Fi, tu sais, celui qu'est camouflé par le livre d'histoire géo et toute sa bande de copains. Même que y'en a un dans sa bande de copains, paraît qu'il s'appelle Maths même, et c'est celui que j'aime le moins. Il prend toujours des airs de compliqué et de laisse-tomber-t'y-arriveras-pas quand je m'approche de lui. Et puis à chaque fois, il sort avec toute sa garde-robe constituée d'une ribambelle de chiffres. Il a des signes égal, divisé et racine carrée en guise de cheveux. Maths, comme ils l'appèlent tous, et bin c'est pas trop mon pote. Mais je crois que ça, il l'a compris. Bref, à mon avis, Maths, il aurait été jaloux de mon joli bouquet de fleurs, et ça doit être pour ça que mon Papa a pas voulu me le rendre et a dit qu'il le garderait le bouquet. Et puis après, moi, je savourais le fond d'un Candy-Up au chocolat en faisant des bulles avec ma paille parce que y'avait personne pour me voir, que même que c'était rigolo, tout en posant mes pieds nus dans l'herbe verte sous la pluie. C'était rigolo aussi. Ca faisait comme dans les films, sauf que j'avais pas le parapluie pour le lever au dessus de ma tête et courir en chantant « I'm singing in the rain », donc c'était pas chouette. Et puis aussi, j'ai troqué mes trois pièces de deux euros contre des paris pour les courses de chevaux à l'hippodrome de Vincennes. Et vous savez quoi ? Et bin, mes chevaux, ils ont gagnés, et la Madame, après, elle a échangé mon ticket gagnant contre plusieurs petites pièces jaunes et une glace à la framboise, mais j'ai du lui dire que j'avais dix-huit ans, pour pas qu'elle me renvoie pour faute de les-mineurs-ne-peuvent-s'engager-dans-des-paris. J'ai mangé des glaçons, c'était pas calorique, mais par contre, qu'est ce que c'était froid. Et puis je suis partie lire, en tongs parce que c'est plus marrant dans les flaques d'eau dans le jardin. Mon livre, il est génial. Il s'appelle Le Portrait de Dorian Gray, et j'ai fait des tresses avec les brins d'herbe et le paquet de Marlboro Light de Max dans mon sac. Le Candy-Up était mélangé à l'eau de pluie, et le goût chocolat noyé dans tout ça. Florent Pagny chantait dans mes oreilles. Et le garçon assis sur le banc vert de devant le bouquiniste souriait d'un sourire qui réchauffe les c½urs, malgré les gouttes de pluie dégoulinant sur ses épaules. Le temps n'était pas un temps à faire cuire des ½ufs au plat sur le capot de la voiture, non non, loin de là, et pourtant. Pourtant, j'étais en robe et mon livre ne se plaignait pas des tâches de pluie qui venaient faire briller ses mots. Mon c½ur faisait des boum-boum à chaque texto reçu, et la voisine avait perdu ses lunettes bleues ou grises, je m'en souviens plus. Et puis, je sentais des ballerines à côté de moi. Il y avait un jean slim venu s'asseoir, un jean et un haut rouge aussi. Avec une barrette rose. Tiens, c'est toi ? Un an sans avoir vu cette jeune fille venue voler son c½ur à mon grand frère, c'était long, mais pas assez. Alors je suis partie chercher une part de gâteau au chocolat fait avec amour, tellement fait avec amour qu'il n'en restait plus quand je suis arrivée, et je me suis retrouvée assise devant un écran d'ordinateur, ne pouvant retenir mes doigts plus longtemps pour qu'ils puissent se défouler sur un clavier plein de tâches de Candy-Up renversé.