Ca y est, c'est les pré-vacances. Mais si, tu sais, cette période entre le 1er mai et le conseil de classe du troisième trimestre, celle où tu travaillotes cou-ci cou ça quand ça te chantes et où tu glandes le reste du temps, celle où tu te surprend à rêver au sable fin dans lequel tu enfouiras tes pieds cet été au bord de la mer, entre deux sunbathing, celle où tu commences à ressortir tous les débardeurs qui criaient famine au fin fond de ton armoire depuis la fin de l'été dernier, celle où tu ne cesses de savourer des glaces à la framboise, etc. Bon d'accord, je généralise peut-être un peu mon cas. Toujours est-il que cet après-midi, je savais pas trop quoi faire. C'est vrai que le jardin me tentait bien, mais bon, dans le jardin, il fait un temps à décoiffer le garçon de la pub de Vivelle Dop, ou même à soulever la robe de Marilyn sans air artificiel, il fait un temps à sortir enroulé dans des kilomètres d'écharpe et emmitouflée dans une doudoune de cosmonaute, il fait un temps à ne pas rater le 306, il fait un temps à rester enfermé chez soi à faire des fonctions affines et des calculs de masse molaire, bref, il fait un temps de merde quoi. Alors après, c'est pas faute de ne pas avoir pensé à l'ordinateur, mais bon l'ordi, il est bien gentil, mais pas très intéressant l'après-midi quand y'a un pèlerin de connecté sur MSN, et encore, ce pèlerin s'avère être l'homme le plus ennuyeux et rébarbatif de la Terre qui apparemment exclue toute autre réponse que « oui » ou « non » de son vocabulaire. J'ai bien pensé à avancer Ensemble c'est Tout aussi, le super livre d'Anna Gavalda (allez, un peu de pub au passage, ça ne fait pas de mal), mais je me suis dis que si je m'y mettais, je ne le lâcherai plus. Alors j'ai testé le Candy-Up avec dans les oreilles Mika, mais Mika, il a eu vite fait de me saouler. J'ai testé le visionnage de clip de Roméo & Juliet de Dire Straits, mais le clip, il est naze, et même que d'après Juliette, on devrait tourner un clip nous-même pour remonter un peu le niveau. J'ai testé le comptage des moutons pour m'endormir, technique digne de Marion qui n'a jamais fonctionné chez moi. J'ai testé les essayages de vêtements, mais c'était trop déprimant de voir à quel point il allait falloir que je fasse la guerre aux kilos et que je me mette au sport si je comptais sortir mon bikini sur la plage cet été. J'ai testé le rangement de chambre, mais je m'en suis bien vite lassée. Alors j'ai trouvé la solution à tous mes soucis, et j'ai regardé Blanche-Neige. Alors déjà, Blanche-Neige, vaut mieux pas me demander quand ça se passe. Parce que j'en sais rien. Bon, c'est sûr, c'est pas en 2005 qu'elle a rencontré son prince charmant, vu sa coiffure de Bree Van de Kampf (Desperate Housewives pour les incultes) et sa robe jaune et bleue, avec une voix tellement dans les aiguë qu'elle peut te casser les tympans rien qu'en te disant Bonjour, je sais pas trop comment elle l'aurait trouvé son prince par les temps qui courent. Alors Blanche-Neige, ça commence comme tous les Walt Disney, avec un livre dans la télé où les pages elles se tournent toutes seules (sans doute à cause du ventilo qu'est à côté) et elles te résument le truc vite fait bien fait. Après, tu vois un beau château, comme dans tous les contes de fée, et tu te dis que merde, ils ont de la chance à l'époque de Blanche Neige, ils ont tous des supers baraques, avec vue sur tout le village et tours géantes à gogo, où même que tu pourrais dérouler ta belle chevelure comme Barbie Princesse de ché-plus-quoi pour que ton prince charmant vienne te rejoindre en haut de la tour. Jusque là, tout va bien. Après bien sûr, il y a la méchante Belle-mère et Reine qui s'avance entourée de corbeaux and so on (notez le niveau de mon bilinguisme :p) avec sa grande cape noire et violette et son truc autour du coup qui ressemble à une collerette, juste au cas où t'aurais pas encore compris que c'était la méchante, et quand t'entend sa voix, là, c'est la preuve définitive que c'est elle que tu vas devoir haïr pendant tout le dessin animé, une belle voix à glacer le sang digne de sorcière Walt Disney. La Méchante Reine, bien-sûr, elle trouve rien de mieux à faire que de se taper la discut' avec son miroir et de lui demander, comme si tu demandais à ta voisine des nouvelles de ses enfants, qui était la plus belle, si c'était bien toujours elle. Le miroir, je le comprends d'ailleurs, l'envoie balader, lui affirmant qu'une adolescente au teint de Voldemort est plus jolie. La Reine est folle de colère et c'est là que vont commencer, sans qu'elle ne le sache, les emmerdes pour cette pauvre Blanche-Neige.
Et puis on passe à Blanche-Neige. Contraste immédiat. Blanche-Neige est adorable. Sa Belle-mère lui fait nettoyer les marches du château, mais Blanche-Neige ne bronche pas, et au lieu de ça, elle parle à ses amis les oiseaux et elle chante avec sa serpillière et le puits, n'ayant personne pour former une chorale avec elle, parce que oui, j'ai oublié de vous dire, dans le village de Blanche-Neige, on voit pas de gens à part les personnages principaux, de quoi se poser la question de l'utilité de la Reine. Alors Blanche-Neige chante, d'une voix à la limite du supportable, cette chanson que nous avons toutes entonnées un jour ou l'autre (si si, faites pas genre, vous l'avez toutes chanté je vous dis !) « Un jour mon prince viendra ». Et puis tiens, voilà, justement, un zigoto débarque chevauchant un beau cheval blanc avec une plume sur le chapeau. Mais c'est le Prince ! Il entend cette chère Blanche-Neige qui a découvert la Star Ac' avant l'heure, et c'est les tympans bousillés qu'il se dirige vers elle. Mais c'est là que les choses se compliquent. Faut pas croire, mais bon, Blanche-Neige, elle en a encore jamais vu d'espèce masculine, elle avait encore jamais entendu cette voix grave, et elle se demande bien pourquoi son c½ur palpite. Alors elle s'enfuit, cette teubiz, laissant le beau prince seul. Celui-ci lui dit des mots d'amour rabâchés des centaines de fois par tous les princes charmants du royaume et Blanche-Neige craque. Passant par l'intermédiaire de son ami l'oiseau bleu, elle envoie un doux baiser au Prince.
Cela, hélas, ne plaît pas à la méchante belle-mère, et comme la méchante belle-mère est très méchante, bin elle engage un tueur à gages. Mais bon, elle a pas trop envie de gaspiller son fric pour l'idiote qui s'explose les cordes vocales tous les matins en nettoyant les marches, alors du coup, elle engage le chasseur et lui file un coffret dans lequel il serait censé rapporter le c½ur de l'adolescente. (A croire que le chasseur il va aller s'amuser à disséquer la carcasse de Blanche-Neige pour récupérer son c½ur après l'avoir tué).
Blanche-Neige, elle, elle continue à cueillir ses fleurs, jeune enfant naïve et insouciante qu'elle est et à parler à ses oiseaux avec un sourire niais sur ses lèvres collagènées puisque personne d'autre ne l'écoute, tandis qu'une ombre grandit derrière elle, une musique monte et une lame de couteau étincelle. Là, tu te dis ouf, c'est bientôt la fin, même si tu sais pertinemment qu'un conte de fée ne peut pas se finir par la mort de l'héroïne mièvre, niaise, stupide et naïve. Mais non, ce con de chasseur ne trouve rien de mieux à faire que de se dégonfler comme un ballon d'anniversaire, de fondre en larmes comme un Magnum double Caramel et d'expliquer à Blanche-Neige qu'il faut qu'elle parte parce que sa belle-mère souhaite commettre un meurtre dans les secondes à venir. Puis on se demande pourquoi le chasseur il appelle pas la police pour tout balancer, mais bon, ça doit dépasser ses capacités intellectuelles ça. Blanche-Neige prend un air pitoyable et s'enfuit en courant.
Mais là, c'est le drame. Les branches des arbres se transforment en bras qui veulent la kidnapper, tout est sombre. Et là, l'adolescente fait la chose la plus censée et la plus utile à faire lorsqu'on est perdu en forêt : crouler sous le poids des larmes. Evidemment, 30 Millions d'Amis débarquent et tous se liguent pour la réconforter et l'emmener à la maison des Sept Nains.
Et là, horreur. C'est quoi toi la première chose que tu fais quand t'arrives chez des gens ? Bin Blanche-Neige, elle, elle fait le ménage, n'ayant pas vu l'écriteau qui disait « Veuillez laisser cet endroit dans l'état où vous l'avez trouvé ». T'en as déjà vu beaucoup toi des gens qui font le ménage alors qu'ils viennent d'échapper à la mort et qu'ils sont même pas chez eux ? Moi non. Enfin elle, en fait, elle fait pas grand-chose à part secouer son plumeau dans tous les sens et ordonner à ses esclaves les animaux de faire la vaisselle et le balayage. Et elle en fait quoi de la protection des animaux ? Blanche-Neige, c'est pas Brigitte Bardot dis donc ! Puis, épuisée d'avoir donné des ordres à tout le monde, elle s'affale sur les lits des nains.
Pendant ce temps, les nains, eux, ils travaillaient dur, en chantant « Eh Oh Eh Oh, on rentre du boulot » à la cantonade. Et puis ils arrivent, et là, plus de poussière, mais c'est terrible, c'était le seul héritage de leur arrière-arrière-arrière grand-mère !
Pendant ce temps, la vilaine belle-mère apprend par son cher et tendre miroir (ça doit être de famille de parler aux objets et aux animaux) que Blanche-Neige est encore en vie et que ce boulet de chasseur a remplacé le c½ur de la jeune adolescente par un c½ur de biche. C'est là que tu te dis que la belle-mère, elle a peut-être un peu trop séché ses cours de SVT, ce qui est bien dommage, ça lui aurait permis de reconnaître l'anatomie d'un c½ur de biche et d'un c½ur de fille amoureuse. Alors, elle se résout à tuer elle-même la belle enfant, et après avoir fait flotter sa cape derrière elle (tous les méchants font flotter leur cape derrière eux) en dévalant ses escaliers à vive allure, elle se transforme en vieille et moche, qui ne peut que te rappeler ta prof d'anglais, et empoisonne une pomme bien rouge et bien tendre qu'elle fourre dans son panier d'osier avant de s'enfuir dans la nuit.
Pendant ce temps, Blanche-Neige, elle, elle s'amuse. Elle danse avec les nains, et c'est là que toutes les filles en quête d'amour ont tendance à s'émouvoir (quoi que maintenant, c'est plutôt devant M Pokora qu'elles s'émeuvent) lorsque Mademoiselle l'adolescente stupide fait vibrer ses cordes vocales sur « Un jouuuuuuuur mon priiince viendraaaaaaaa ». Le lendemain matin, les nains sont partis travailler, Blanche-Neige prépare une tarte à ché-pas-quoi pour les nains, s'entraînant aux futures tâches ménagères qu'elle devra exécuter quand elle sera avec son prince le macho, qui pendant ce temps, lambinera devant Téléfoot. Et là, une vielle sorcière toute vêtue de noir, sourire sadique, visage qui fait peur, look gothique débarque pour proposer une belle pomme à l'adolescente. Evidemment, Blanche-Neigen'y voit que du feu, et croque à pleine dents dans la pomme empoisonnée (5 fois par jour, mangez des pommes !) avant de tomber raide.
Les nains, prévenus par les animaux, arrivent sur les lieux du crime, cherchant empreintes et traces d'ADN.
La sorcière, elle, meure d'un coup de foudre au sens propre du terme, bien fait pour elle.
Les nains se la jouent aux sentimentaux et ne cessent de verser des larmes pour la défunte Blanche-Neige, et puis ils la mettent dans un cercueil en verre devant chez eux (avouez que c'est plutôt bien trouvé comme style de déco). En fait, je te dis le secret, elle est pas encore morte. Alors t'as de quoi te demander comment elle fait pour tenir en apnée dans son cercueil pendant un an sans manger, sans boire. Et puis, au moment où tu t'y attend le plus, le Prince débarque, tranquille et roule une pelle à un cadavre (ce qui en soi est d'une logique ... Il aurait peut-être mieux valu l'embrasser avant, tu crois pas ?). Et là, oh miracle, Blanche-Neige ouvre les yeux, sourit et tombe dans les bras de son amour de toujours.
Et puis la fin arrive, Blanche-Neige part sur le beau cheval blanc de son prince, sans même prendre la peine de demander leurs numéros ou leurs adresses mails au nains, alors qu'ils l'avaient hébergé et tout, la méchante ! Et là, « ils vécurent heureux pour l'éternité ». Tu parles ! Prête à parier mon argent de poche annuel que le Prince Charmant plaque Blanche-Neige même pas deux semaines plus tard ! Bref, Blanche-Neige, j'ai adoré.