Il n'y aura plus de Max. Non, non. C'est fou comme le temps passe vite. Quand je dis ça, faut pas me prendre pour une vieille radoteuse, hein ? Moi, y'a pas longtemps, j'avais neuf ans et demi, un mètre trente-quatre, et des robes à fleurs roses avec des collants en laine et des chaussures vernies. Toi aussi t'es passé par là, non ? Même que ma Maman, le matin, elle me forçait à mettre la robe bleue, mais si, tu sais, celle avec le petit sac assorti pour mettre un mouchoir en tissu dedans, les mouchoirs avec lesquels vaut mieux pas être enrhumé, parce que si tu l'es, ils ne te sont d'aucune utilité puisque de toute manière, tu n'oserais jamais sortir une horreur pareille. Bin moi, ma Maman, quand elle me menaçait de mettre cette robe dans laquelle je ressemblais à un sac à patates et ce sac qui me faisait passer pour une aventurière ratée, je lançais des menaces comme quoi j'allais couper la robe avec mes ciseaux à bouts ronds parce que quand j'étais petite, la maîtresse nous prenait pour des attardés qui ne savaient pas se servir de ciseaux à bouts pointus. A cette époque là, j'écoutais Henri Dès et je regardais les Minikeum's à la télé. Mais si, tu te souviens des Minikeum's, fais pas genre « moi-j'ai-jamais-regardé » ! Tu te souviens, y'avait les supers chansons du genre « Mélissa, non ne pleures pas, ouaoh ou ouho ou houo, car pour moi tu es la plus belle, tu me donnes des ailes », avec des supers dessins animés stupides comme les Razmoket (mon préféré, c'était quand même Couette-Couette la peste, mais je dois avouer que Labinocle, les jumeaux Alphonse et Sophie et Tommy, ils déchiraient aussi). Et puis parfois, mon frère, il regardait avec moi. Et il rigolait, mais enfant sage et stupide que j'étais, je ne comprenais pas pourquoi. Alors je criais en disant qu'il était bête de rigoler pour rien, et il criait en disant que j'étais vraiment nunuche. Alors je criais encore plus, et on entendait plus les dessins-animés. Mon préféré, c'était quand même Starla et les joyaux magiques. Avec Starla qu'avait les cheveux roses et Tamara qu'avait les cheveux violets que même que je me demandais pourquoi moi je n'étais pas née avec des cheveux violets et que je disais que quand je serais grande, je peindrais mes cheveux en roses pour être comme Starla. On se demande d'ailleurs pourquoi j'ai toujours des cheveux blonds et pas roses. Peut-être parce que ma vision sur Starla a légèrement changée. Parce qu'avant, j'avais ce regard d'innocente enfant avec âme pure émerveillée par ces chers producteurs de France 3 et que maintenant, j'ai ce regard dégoûté de misanthrope convaincue. C'était l'époque où mon amoureux c'était encore le prince de La Belle au bois Dormant et où j'envisageais l'organisation du kidnapping d'Aurore (le nom de la Belle-au Bois Dormant si mes souvenirs sont bons) pour pouvoir lui piquer son mec. Et puis d'abord, La belle au Bois Dormant, je l'aimais pas, parce que je voulais la même robe qu'elle et qu'apparement elle avait pas l'air décidé à me la prêter, et que ça m'aurait même pas fait honte de me balader dans la rue avec, au contraire, j'aurais trouvé ça hyper classe. L'époque où je faisais des clafoutis à la pâte à modeler et même que personne ne voulait goûter de ma tarte alors ça me vexait. L'époque où après avoir fait beaucoup de marche, j'avais toujours le droit à une glace à la fraise et à la vanille et que c'est moi qui donnait les pièces au glacier, et que j'étais toute fière, parce que je croyais être une grande pour avoir le droit de payer. L'époque où je me trimbalais partout avec un gros poupon du nom d'Eric et que je faisais croire à la caissière de chez Champion que c'était mon petit-frère et qu'elle faisait semblant de me croire. L'époque où j'empruntais les talons, de ma Maman, que même que je flottais dedans tellement c'était grand pour moi, et qu'après je me barbouillait de rouge à lèvres rouge pétant que je ne savais pas mettre et que je faisais un tas de bisous sur la joue de Jérôme pour faire des traces de rouge à lèvres. L'époque où quand j'avais un dix-sept, c'était une mauvaise note. L'époque où je jouais à la marelle et aux quatre-coins et à chat perché et à filles-attrapent-garçons. L'époque où je dansais mon premier slow avec Rémi, à trois kilomètres l'un de l'autre. L'époque où quand je jouais au Mississipi, je chantais Lorie et Alizée. L'époque où je troquais mes petits Lu contre des billes ou des cartes Pokémon. L'époque où j'allais danser debout sur une table de la cantine parce que j'avais joué à Actions-Vérité. L'époque où je me prenais pour une rebelle de la société. L'époque où c'était toujours moi qui avait le plus de petits bâtons pour bavardage au tableau et où j'avais fini par me retrouver à côté du bureau de la maîtresse. Après, j'avais douze ans et un nouveau sac à dos. C'était l'époque où j'aimais l'école au point d'aligner des peluches sur mon lit et de leur réciter toutes mes leçons. C'était l'époque où je pleurais au moins dix-huit fois par jour. C'était l'époque de mon premier bisou et de mes premières larmes pour un amour perdu. C'était l'époque où j'avais pas d'amis et où ma mère était persuadée que mes camarades de classe m'adoraient alors que leur passe-temps favori consistait à m'affubler d'un surnom stupide et non justifié, à envoyer ma trousse dans la poubelle, à me gribouiller les pages de mon cahier d'anglais et à se moquer de mon Tee-Shirt Gap à rayures qui, d'après Charlotte, me donnait l'air d'un matelot (Voilà pourquoi plus jamais je ne m'habillerai chez Gap). C'était l'époque où j'avais supplié ma mère de prendre des cours par correspondance tellement j'adorais l'école mais tellement les moqueries m'étaient invivables et que ma mère m'avait regardé pour mieux m'éclater de rire au nez. C'était l'époque où j'étais muette et où les seuls sons qui sortaient de ma bouche étaient des « Tu peux me passer l'eau s'il te plaît » inaudibles, tellement inaudibles que l'eau, personne ne me la passait jamais. C'était l'époque où j'envisageais une carrière de chanteuse professionnelle et où tous les soirs je m'entraînais secrètement sur un CD des Choristes. C'était l'époque où je portais une doudoune de cosmonaute affreuse. C'était l'époque où j'avais décidé de perdre autant de kilos que le mannequin interviewé sur M6. Et puis, ce matin, je me suis réveillée, et paf, j'avais quinze ans et demi, cent soixante et onze centimètres de haut et sept kilos à perdre. C'est pas sympa quand même, parce qu'une seconde de cours se transforme en une année entière, mais par contre, une année entière de bonheur, elle, elle se transforme en une seconde. Si c'est pas terrible tout ça. Alors Monsieur le Temps, si toutefois vous passez par là, est-ce que vous pourriez faire en sorte que la soirée Sarachouland de samedi, ou que la journée shopping de mercredi, ou que le ciné de lundi, bref, que tout ça, ça dure aussi longtemps qu'une heure de physiques ? Merci d'avance. Au fait, Emeline m'a offert un coquillage, que même que j'entends la mer dedans et que même que même quand je suis en français, je pense aux vacances. Si c'est pas beau ça !
[Vivou & Summer 2007 ? I hope ... Love you Viviane]
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Posté le lundi 19 mars 2007 12:45
Modifié le dimanche 03 juin 2007 17:23
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